Jouons !

A 2 ans, surtout après près d’un mois passé à la maison, notre fille développe énormément les temps de jeu libre et les enrichit de jour en jour ! C’est un vrai plaisir à observer. Et à force, je me suis posée pas mal de questions autour de la place du jeu dans nos vies, la valeur qu’on y octroie. Ce billet recoupe un peu mes fils de pensées, me laissant l’espace pour les redévelopper ultérieurement.

De quoi parle-t-on?

Le jeu libre est un jeu spontané, sans consignes durant lequel l’enfant est totalement aux manettes de son activité. Son but ? générer du P-L-A-I-S-I-R ! Selon les fois et ses besoins, l’enfant intégrera l’adulte ou non dans son monde. A la maison, notre fille aime qu’on soit à côté à l’observer jouer.

Par exemple, en ce moment, elle scénarise les mises à table et les couchers de ses petites peluches (les moments un peu délicat avec elle en fait). Un coussin fait office de table, une boîte renversée de chaise, des petits bouts de catadioptre trouvés dehors incarnent des petits bonbons… et elle dévalise son armoire ouverte pour aller chercher des habits qui feront office de couverture individuelles pour les 4 amis ! (NB: petit instant de lâcher-prise maternel et soulagement que je ne repasse pas du tout le linge !).  Elle peut passer de longs moments et je l’écoute, attendrie, en train de papoter gaiement: « Allez petite souris, couche-toi là. Tu as froid? Oui ? D’accord. Mets ta couterture. Ça va? Oui? D’accord. »

Le jeu libre: question de temps?

Comme le le disais en préambule, depuis le confinement, E. développe et enrichit beaucoup ses jeux. Elle qui n’a jamais été grande amatrice d’activités « structurées » ou même de jouets à but unique (je pense aux puzzle), elle prend un grand plaisir à nous imiter – et à courir partout bien sûr, car à 2 ans, bouger c’est la vie !

A mes yeux, deux facteurs influencent cela (outre le fait qu’elle grandit bien sûr): le temps disponible et notre présence au quotidien dans la maison. Jouer librement avec pour seul moteur soi-même demande en premier lieu une bonne sécurité intérieure mais également du temps pour conduire l’activité comme on le souhaite et la faire évoluer au fil de ce qui est rejoué. Nous-mêmes le savons très bien: nous lancer dans un projet nécessite qu’on dispose de temps suffisant pour l’élaborer, le construire et le mener à bien. Quand on suit le rythme du travail salarié qui segmente la journée en tranches horaires, cette liberté de conduite manque, y compris pour les petits qui sont dépendants des adultes et donc tributaires du rythme imposé. Du temps, cela libère l’esprit, favorise la créativité et l’autonomie.

Il en va de même pour les adultes. Levez les activités structurantes et divertissantes du quotidien, l’ennui pointe son nez: l’autonomie dans la tâche et son déroulement est une posture qui se construit.

De la nécessité des jouets?

Cette épineuse question, je me la suis posée il y a déjà quelque temps en lisant « L’enfant » de Maria Montessori. J’ai l’impression que la nécessité d’offrir des jouets aux enfants a émergé en même temps ceux-ci se sont petit à petit vu priver d’un accès au monde extérieur. Des enfants ayant un accès aisé un environnement naturel ont besoin de peu de chose: bouts de bois, herbes, cailloux, terre et petits contenants peuvent les occuper des heures durant. En plus de l’activité motrice liée à leur déplacement. Par contre, entre quatre murs, la nécessité de s’occuper devient nécessaire tant l’activité physique possible ainsi que les items à détourner sont peu présents. Je crois bien qu’il y a un fil à explorer entre la réduction de nos espaces de vie et l’accès à l’extérieur dans des environnements « naturels » (ou du moins porteurs d’une certaine idée de la nature), la structuration de nos rythme de vie par le travail et l’achat de bien de consommation. La manière dont on envisage la possession de nos espaces publics, dont on les investit va forger notre rapport à la nature et aux autres je pense. D’ailleurs, avec le confinement, je me suis souvenue d’une proposition électorale aux précédentes élections (portée par le parti Ecolo) qui souhaitait la mise à disposition d’espaces verts dans un rayon de 300 m autour de chaque habitation. Cela ne m’a jamais paru si censé qu’aujourd’hui !

Les parents et le temps du jeu

Dans ce point, je développe un sentiment qui m’habite et m’inquiète. On parle énormément de la charge mentale que représente le foyer et qui est majoritairement portée par les femmes. Je vous invite d’ailleurs à jeter un œil à cet article détaillé consacré à cet épineux problème où Sandrine avait listé l’ensemble du travail à prendre en charge quand on a des enfants, et comment cette charge avait été répartie dans son foyer.

De part mon statut actuel et mon temps disponible (étudiante à mi-temps), je suis le parent qui assure majoritairement les soins de notre enfant en semaine de travail. Qui plus est, parce qu’on souhaite un accompagnement respectueux de sa personne, je l’accompagne dans son endormissement ainsi que de nuit depuis plus de deux ans. Par conséquent, quand le papa est là pour prendre le relais afin que j’ai un peu de temps (pour travailler à mes cours, faire des courses – donc du travail la plupart du temps- ou ponctuellement pour faire du yoga ou lire), il joue avec notre fille, sort se promener avec elle etc.

Insidieusement, je me suis rendue compte que j’avais rarement l’envie de lui dédier un temps de jeu: après le temps des soins et des endormissements à rallonge, il y a des moments où j’ai besoin d’être seule ! C’est comme ça que, doucement, on a fini par se répartir des tâches d’une façon qui m’inquiète un peu: le papa joue (pas que bien sûr) et la maman s’occupe du « care« , des soins à la personne. J’admets volontiers que, étant encore fort petite et demandeuse de soins vu son âge, je lui accorde de bon cœur cette présence aimante dont elle a besoin. J’espère juste parvenir à me réapproprier une place au fur et mesure de son âge qui ne se cantonne pas tant que ça au foyer et qui démontre que, sa maman aussi en tant que femme, est actrice dans la société parce que…

Quelle est la place du genre dans le jeu?

Vaste question ! A voir notre petite fille berçant, enlaçant et faisant téter ses doudous, je suis émue de retrouver nos gestes à nous et espère parvenir à transmettre un peu des valeurs et postures que je défends à travers notre parentage. En parallèle, je me suis demandé: que ferait un petit garçon à sa place ? Reproduit-elle les gestes qu’on lui porte, indistinctement de leur origine maternelle ou paternelle ? Ou bien reproduit-elle surtout les gestes de sa maman à qui elle s’identifierait déjà en tant que genre?

A 2 ans, la construction du « soi » n’est pas encore acquise: elle alterne entre haute autonomie et instants fusionnels avec son référent affectif – moi. Par jeu, il y a quelques semaines, quand on observait des dessins de dames et de messieurs dans un livre, je lui ai demandé: « Et toi, tu es une dame ou un monsieur? » – Silence – « Rien » m’a-t-elle répondu. Je ne sais pas si elle s’identifie déjà à un genre mais je m’interroge une fois de plus sur la palette des possibilités que je parviens à lui présenter.

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