Jouons !

A 2 ans, surtout après près d’un mois passé à la maison, notre fille développe énormément les temps de jeu libre et les enrichit de jour en jour ! C’est un vrai plaisir à observer. Et à force, je me suis posée pas mal de questions autour de la place du jeu dans nos vies, la valeur qu’on y octroie. Ce billet recoupe un peu mes fils de pensées, me laissant l’espace pour les redévelopper ultérieurement.

De quoi parle-t-on?

Le jeu libre est un jeu spontané, sans consignes durant lequel l’enfant est totalement aux manettes de son activité. Son but ? générer du P-L-A-I-S-I-R ! Selon les fois et ses besoins, l’enfant intégrera l’adulte ou non dans son monde. A la maison, notre fille aime qu’on soit à côté à l’observer jouer.

Par exemple, en ce moment, elle scénarise les mises à table et les couchers de ses petites peluches (les moments un peu délicat avec elle en fait). Un coussin fait office de table, une boîte renversée de chaise, des petits bouts de catadioptre trouvés dehors incarnent des petits bonbons… et elle dévalise son armoire ouverte pour aller chercher des habits qui feront office de couverture individuelles pour les 4 amis ! (NB: petit instant de lâcher-prise maternel et soulagement que je ne repasse pas du tout le linge !).  Elle peut passer de longs moments et je l’écoute, attendrie, en train de papoter gaiement: « Allez petite souris, couche-toi là. Tu as froid? Oui ? D’accord. Mets ta couterture. Ça va? Oui? D’accord. »

Le jeu libre: question de temps?

Comme le le disais en préambule, depuis le confinement, E. développe et enrichit beaucoup ses jeux. Elle qui n’a jamais été grande amatrice d’activités « structurées » ou même de jouets à but unique (je pense aux puzzle), elle prend un grand plaisir à nous imiter – et à courir partout bien sûr, car à 2 ans, bouger c’est la vie !

A mes yeux, deux facteurs influencent cela (outre le fait qu’elle grandit bien sûr): le temps disponible et notre présence au quotidien dans la maison. Jouer librement avec pour seul moteur soi-même demande en premier lieu une bonne sécurité intérieure mais également du temps pour conduire l’activité comme on le souhaite et la faire évoluer au fil de ce qui est rejoué. Nous-mêmes le savons très bien: nous lancer dans un projet nécessite qu’on dispose de temps suffisant pour l’élaborer, le construire et le mener à bien. Quand on suit le rythme du travail salarié qui segmente la journée en tranches horaires, cette liberté de conduite manque, y compris pour les petits qui sont dépendants des adultes et donc tributaires du rythme imposé. Du temps, cela libère l’esprit, favorise la créativité et l’autonomie.

Il en va de même pour les adultes. Levez les activités structurantes et divertissantes du quotidien, l’ennui pointe son nez: l’autonomie dans la tâche et son déroulement est une posture qui se construit.

De la nécessité des jouets?

Cette épineuse question, je me la suis posée il y a déjà quelque temps en lisant « L’enfant » de Maria Montessori. J’ai l’impression que la nécessité d’offrir des jouets aux enfants a émergé en même temps ceux-ci se sont petit à petit vu priver d’un accès au monde extérieur. Des enfants ayant un accès aisé un environnement naturel ont besoin de peu de chose: bouts de bois, herbes, cailloux, terre et petits contenants peuvent les occuper des heures durant. En plus de l’activité motrice liée à leur déplacement. Par contre, entre quatre murs, la nécessité de s’occuper devient nécessaire tant l’activité physique possible ainsi que les items à détourner sont peu présents. Je crois bien qu’il y a un fil à explorer entre la réduction de nos espaces de vie et l’accès à l’extérieur dans des environnements « naturels » (ou du moins porteurs d’une certaine idée de la nature), la structuration de nos rythme de vie par le travail et l’achat de bien de consommation. La manière dont on envisage la possession de nos espaces publics, dont on les investit va forger notre rapport à la nature et aux autres je pense. D’ailleurs, avec le confinement, je me suis souvenue d’une proposition électorale aux précédentes élections (portée par le parti Ecolo) qui souhaitait la mise à disposition d’espaces verts dans un rayon de 300 m autour de chaque habitation. Cela ne m’a jamais paru si censé qu’aujourd’hui !

Les parents et le temps du jeu

Dans ce point, je développe un sentiment qui m’habite et m’inquiète. On parle énormément de la charge mentale que représente le foyer et qui est majoritairement portée par les femmes. Je vous invite d’ailleurs à jeter un œil à cet article détaillé consacré à cet épineux problème où Sandrine avait listé l’ensemble du travail à prendre en charge quand on a des enfants, et comment cette charge avait été répartie dans son foyer.

De part mon statut actuel et mon temps disponible (étudiante à mi-temps), je suis le parent qui assure majoritairement les soins de notre enfant en semaine de travail. Qui plus est, parce qu’on souhaite un accompagnement respectueux de sa personne, je l’accompagne dans son endormissement ainsi que de nuit depuis plus de deux ans. Par conséquent, quand le papa est là pour prendre le relais afin que j’ai un peu de temps (pour travailler à mes cours, faire des courses – donc du travail la plupart du temps- ou ponctuellement pour faire du yoga ou lire), il joue avec notre fille, sort se promener avec elle etc.

Insidieusement, je me suis rendue compte que j’avais rarement l’envie de lui dédier un temps de jeu: après le temps des soins et des endormissements à rallonge, il y a des moments où j’ai besoin d’être seule ! C’est comme ça que, doucement, on a fini par se répartir des tâches d’une façon qui m’inquiète un peu: le papa joue (pas que bien sûr) et la maman s’occupe du « care« , des soins à la personne. J’admets volontiers que, étant encore fort petite et demandeuse de soins vu son âge, je lui accorde de bon cœur cette présence aimante dont elle a besoin. J’espère juste parvenir à me réapproprier une place au fur et mesure de son âge qui ne se cantonne pas tant que ça au foyer et qui démontre que, sa maman aussi en tant que femme, est actrice dans la société parce que…

Quelle est la place du genre dans le jeu?

Vaste question ! A voir notre petite fille berçant, enlaçant et faisant téter ses doudous, je suis émue de retrouver nos gestes à nous et espère parvenir à transmettre un peu des valeurs et postures que je défends à travers notre parentage. En parallèle, je me suis demandé: que ferait un petit garçon à sa place ? Reproduit-elle les gestes qu’on lui porte, indistinctement de leur origine maternelle ou paternelle ? Ou bien reproduit-elle surtout les gestes de sa maman à qui elle s’identifierait déjà en tant que genre?

A 2 ans, la construction du « soi » n’est pas encore acquise: elle alterne entre haute autonomie et instants fusionnels avec son référent affectif – moi. Par jeu, il y a quelques semaines, quand on observait des dessins de dames et de messieurs dans un livre, je lui ai demandé: « Et toi, tu es une dame ou un monsieur? » – Silence – « Rien » m’a-t-elle répondu. Je ne sais pas si elle s’identifie déjà à un genre mais je m’interroge une fois de plus sur la palette des possibilités que je parviens à lui présenter.

Huis clos – J 11

C’est drôle, ce qui me pèse, c’est l’horizon unique du maintenant, du présent.

De ne pas savoir me projeter dans un « après », aux contours encore trop flous (est-ce qu’on ira à la mer cet été?)

De ne pas savoir m’évader dans un « plus tard », un ailleurs temporel.

De ne pas savoir quoi faire « après ». Qu’est-ce que je planifie? Est-ce que c’est « assez »?

Je me sens à l’étroit, non pas car je suis physiquement confinée – chanceuse, j’ai de l’espace, un jardin et des alentours verdoyants. Non, je suis confinée dans le temps, sur un balancier dont le rythme s’est cassé et n’est plus en phase avec ce que j’avais pu accordé (laborieusement, bancalement) auparavant.

Les trop pleins et les creux, ça fait 2 ans que je vis avec: l’incertitude du temps entre mes mains. Ça m’angoisse ce temps distendu …Comment le remplir? Comment l’optimiser? Comment le rentabiliser? Comment évaluer son usage? Je vi(vai)s comme une abeille ouvrière, les yeux rivés sur une sorte de ligne de conduite acceptable par mes pairs et dans laquelle je trouve un semblant de valorisation. Je suis surprise de voir ça, je me croyais « affranchie » de cela, suffisamment distante du crédo du « métro-boulot-dodo-conso », consciente de cette nécessaire lenteur.

Mais non. Devenir mère me l’a rappelé en pleine face- je le vis encore mal parfois, souvent. 

Etre confinée me rappelle encore: je remplis pour bien paraître. A moi en priorité parce que je doute de ce que je vaux. Prendre le temps ou le perdre: comment savoir? comment choisir?

Evaluer son usage du temps est devenu une norme à caractère sociale qui touche à la productivité. Qui touche à notre valeur sociale aussi. Ce rythme étrange qui balance sans que j’en saisisse les temps forts me laisse désemparée.

Surtout que, de base, je n’ai aucun sens du rythme…

Le temps de l’enfance

A 2 ans d’aventure lactée, je crois que si j’avais un seul et unique conseil à donner à des mamans allaitantes c’est bien celui-ci: laisser tomber vos montres ! Et je me rends compte ce que conseil dépasse largement le cadre de l’allaitement.

Quand notre fille est née, j’avais depuis longtemps décidé de m’orienter vers les pratiques du maternage proximale (allaitement non écourté et à la demande, cododo, portage – on y est toujours !). Au fil de la cohabitation, je me suis branchée à elle pour accompagner au mieux ses besoins, entrer dans l’écoute. Spontanément, je pourrais dire me connecter à mon « instinct » mais je l’omets sciemment: le parentage est loin d’être instinctif, c’est une pratique très imprégnée de la culture qui nous entoure. Evitons de glisser sur la pente dangereuse de l’essentialisme !

Ma foi, durant les 3 brefs mois de congé de maternité, ça allait encore, on avait notre petit rythme. Puis vint la reprise du travail … Bah m’sieur/dame, c’est là que le bât blesse, j’vous l’dit ! J’ai rarement tant vécu dans ma chair une telle incohérence…

Nos journées sont rythmées par nos activités: lever, coucher, travail, pause. Le petit humain, lui, il EST, tout simplement.

Il EST éveillé, il EST endormi, il EST la faim, il EST la colère/joie/tristesse/curiosité.

Et cette façon d’être au temps, au monde est peu compatible avec le monde du travail tel qu’il est. Même pour les plus grands, j’ai ce sentiment qu’ils sont en mouvance avec le Monde. Les petits enfants portent un regard sur les choses que nous n’avons plus: ils les regardent, nous on les inspecte pour en tirer une utilité (pas tout le temps mais quand même). Ils sont dans un espace de présence quand nous sommes dans le faire et l’avoir. Et c’est ce rapport-là au Monde que je veux cultiver, ce sentiment d’appartenance qui nous rend libre et confiant.

J’avais lu cet article de Eve Hermann qui traduit très bien ma posture: nous sommes les gardiens du temps de l’enfance de nos petit.e.s. En tant que parent, j’ai un rôle de protection de ce temps-là. Un rôle d’exemple aussi – que je gère beaucoup moins bien j’avoue !

Et les enfants savent nous le demander ce temps plein, ce temps d’exploration, ce temps d’attention. Sachons écouter, observer les enfants pour leurs apporter  ce temps juste qui les nourrit et les conforte, qui les fait grandir.

A tout juste deux ans, les semaines où nous sommes un peu moins disponibles parce que travail/formation/activisme, E. nous indique très vite qu’elle a besoin de temps avec nous soit pour jouer, soit pour se promener dehors (comprendre: quitter la crèche et se coucher deviennent calamiteux au possible !). Alors je priorise: le soir, on rentre à pied de la crèche sur le chemin des cyclistes pour marcher librement, papoter et observer ce qui s’offre à nous.

1h30 pour quitter et rentrer de la crèche: c’est beaucoup et finalement, si peu quand on sait qu’elle y passe 7-8h sur la journée. 1h30 à batifoler, sauter dans les flaques et collecter les fleurs de saules. Et moi, trop souvent, je ronge mon frein en pensant à tout ce que je dois encore faire en rentrant… Quand je vous disais que je suis loin d’être un exemple d’adulte en conscience ! Et en même temps, cela soulève tant de questions d’ordre politique comme l’accès à des espaces verts calmes, l’organisation du temps de travail, la possibilité d’utiliser des modes de transport actifs au quotidien (comprendre: vélo, marche et autres moyens de locomotion où on doit faire bouger la machine!), la charge mentale des déplacements et de la soirée… Dur d’”être” quand le cerveau travaille tout ça !

Radical parenting

Il y a bientôt 2 ans, nous sommes nés parents.

Depuis, on a bien changé.

Je ne sais pas si c’est la secousse émotionnelle d’accueillir un tout-petit dans notre foyer, ouvrant des failles dans nos cœurs un peu trop blindés par nos têtes. Pas sûre qu’on le sache jamais.

Toujours est-il que le bien aimé papa a commencé à écouter Thinkerview les soirs de vaisselle durant lesquels notre demoiselle tâchait de s’endormir en tétant. Et puis, ça s’est enchaîné: collapsologie, écologie intérieure, écologie radicale, anarchisme, révolution zapatiste, anticapitalisme, écoféminisme, désobéissance civile. On en parlait entre deux portes, s’échangeant des lectures, des points de vue, accordant nos idéaux tels des violons de concerto.

2 ans après – Nous sommes entrés en lutte: lui souvent dehors, moi souvent dedans à me dépatouiller avec le travail, un maternage instinctif, une charge mentale qui me ronge, de la colère, de la fierté, de la lassitude.

Colibri et collectif se mélangent, en une répartition genrée qui m’interpelle et me questionne: quel modèle suis-je en train de transmettre à ma fille ?

Voilà, je reprends un peu la plume pour vous présenter notre quotidien de parents radicaux en quête de petites joies, de grands changements sous le regard bleu myosotis de notre enfant.

A suivre !

Rêvons les fêtes

Cet article était un brouillon de l’an dernier. Je voulais apparemment vous parler de surconsommation, de représentations, de simplicité, de conscience, de rêve. Un an après, même si je pense toujours à cela, j’ai envie de simplement partager du rêve.

glacon

Le 12ème mois est là.

Celui qui nous fait nous retourner, avec un soupir parfois, pour regarder par-dessus l’épaule l’année déjà écoulée.

Celui qui nous fait regarder, les yeux brillants, le cœur battant, le nouveau chemin qui se profile.

Décembre, le mois de tous les contrastes.

Il y a ceux qui couvrent le pied du sapin de mille et uns papiers brillants et ceux qui partagent autrement. Il y a ceux qui l’attendent avec impatience dès que novembre a pointé le bout de son nez, et ceux qui n’ont qu’une hâte, que les fêtes soient derrière eux, que décembre ne soit qu’un tracé à la craie blanche sur un tableau noir qu’on efface rapidement, le plus tôt le mieux.

Au creux de décembre, entre les espoirs de neige et les guirlandes qui font sourire, on met en place de petits rituels, des traditions. Ces gestes incarnent un peu notre souhait de l’immuable, on s’y réfugie le temps d’un mois, le temps de saluer à nouveau notre âme d’enfant. Après tout, les traditions auxquelles nous accordons parfois tant de crédit ne sont-elles pas ce qu’il restera après nous, une fois tous les Noël finis? Ne sont-elles pas ce qu’on peut espérer toujours partager avec les suivants? Peut-être est-ce pour cela qu’elles sont si dures à secouer. Elles rappellent un temps d’avant où, un jour, nous resterons nous aussi.

Mais, secouons-nous, je suis là pour vous parler de lumières qui pétillent et de bulles qui brillent (serait-ce l’inverse ?)

lightpainting
Séance de « light painting » à deux

Tous ces petits rituels ont du bon ! Ils rassurent, ils nous ancrent dans un présent que l’on tend trop à délaisser. Décembre est, je trouve, le mois du partage. J’aime y glisser de la magie, du rêve, me laisser aller aux joies simples. En grandissant, cela devient dur de ne pas les laisser se faire parasiter par des réflexions très pragmatiques, souvent pessimistes. Pourtant, il y a bien une chose que je commence à comprendre, c’est que le cœur dicte beaucoup. Ou tout du moins aurait beaucoup à dire si le cerveau ne monopolisait pas la conversation! Avec ce mois de tous les possibles, c’est le moment de s’écouter sourire intérieurement, de comprendre ce qui nous met en joie, pour au fil de l’année, apprendre à mieux profiter.

Seulement, prudence, décembre n’est pas pavé que de bonnes intentions. Le rêve est maquillé, déguisé par un marketing insidieux qui vous fait croire, dès le plus jeune âge, que la joie découle de l’avoir. Décembre, c’est un peu le miroir du Rised, reflet de tout ce que vous pourriez être ou avoir. A trop le contempler, on passe à côté de ce qui compte vraiment. Sans oublier l’émergence d’une pression au bonheur, qui se traduit en angoisse des cadeaux et de la décoration. A vous d’être astucieux pour décoder les mirages et apprendre à faire tomber les masques! Il faut parfois creuser un peu pour sortir des chemins balisés de prétendus codes amenant au bonheur pour trouver ce qui, vraiment, vraiment, nous apporte de la joie.

stnicolas
Saint-Nicolas !

Ce que j’aime dans les temps de décembre, c’est imaginer, prévoir, concocter. C’est un peu un temps de secrets, de surprises, de cache-cache.

J’avais envie de partager ces joies simples qui ponctuent le mois en une petite liste non-exhaustive.

  • Découvrir les décorations de la ville, avec la rue dans laquelle tombent des étoiles filantes.

  • Sortir les graines et les boules de graisse pour les oiseaux aux premières gelées (et aller installer tout cela sous le regard curieux d’un chat qui se découvre des penchants granivores).

  • La préparation du calendrier de l’Avent.

  • L’arrivée des cougnous, à déguster avec un chocolat chaud à la cannelle en rentrant du travail.

  • Les passages de St-Nicolas dans les souliers, quelques jours avant le 6 décembre.

  • La préparation de la table de St-Nicolas le soir, camouflée par une couverture que l’on soulève, à deux, le lendemain matin, avec la joie qui fait battre le cœur.

  • Les aubes froides et claires, qui me permettent de voir le soleil se lever.

  • La perspective des premiers flocons, et, oh joie!, la première neige (même si elle annonce des retard sur le rail – mais, avouons-le, ça ne change pas de d’habitude)

  • Décorer la maison, même ne serait-ce qu’un peu, pour amener de lumière autour des fenêtres.

  • Réfléchir aux cadeaux que l’on va faire, les sélectionner avec soin, réfléchir à ceux que l’on va confectionner soi-même.

  • Imaginer avec gourmandise le menu du 25, se creuser la tête un petit peu pour faire une jolie bûche.

  • Sortir promener dans le froid, pour profiter de la nature endormie, et qui craque doucement sous les étoiles de givre.

  • Savourer, le soir au coin du feu, des livres de contes et légendes qui nous font regarder différemment la nature alentour.

  • Concevoir les cartes de vœux à envoyer à ceux que j’apprécie et qui sont loin, ainsi que celles des cheminots.

  • Et, cette année, découvrir avec ravissement “Fantastic Beasts and where to find them”, et replonger le temps d’une aventure dans cet univers de magie que j’aime tant.

En ce moment, on a grand besoin de rêver, d’imaginer pour bâtir ensemble un projet commun de vie. Un projet construit par ce que l’Humanité a et fait de mieux. Je crois dur comme fer en ces alternatives de vie, ces alternatives qui bousculent les idées de bonheur et de réussite qu’on a dans la tête. Ce sont les premières fleurs d’un jardin commun en cours de travail. Alimentons les tous ensemble pour, un jour, en récolter les fruits!

bougie

Et vous, comment regardez-vous décembre?

Quelles sont les petits rituels de saison que vous installez?

A découvert {Liebster Award}

Liebster_award1.pngQuand Catherine du très riche blog “La Marmotte Chuchote” a révélé un peu d’elle le mois dernier, elle m’a gentiment proposé de participer à la chaîne du Liebster Award.

Un article que j’ai pris plaisir à rédiger, et qui me permet de reprendre doucement le blog après une petite coupure bien mouvementée.

Le principe du Liebster Award est le suivant :

– partager 11 choses sur soi

– répondre aux 11 questions posée

– poser 11 questions

– nominer 11 blogs pour que leurs auteurs répondent aux questions posées

Je vais malheureusement casser la chaîne car je ne nommerai pas de blogs. Par contre, je vous invite cher.e.s lecteur/trices à répondre à la petite série de questions en commentaire 🙂

Commençons !

~11 choses que vous ne connaissez pas sur moi~

liebster_award4
Photographie: Pino Roméo (http://www.photoromeo.be/)

– J’adore cuisiner, mais après mon passage c’est souvent un vrai chaos!

– J’aime beaucoup : côté fruits les fraises, les cerises et les abricots; côté fleurs: le lilas, les roses trémières et les coquelicots.

– Petite, j’étais tellement casse-cou que de mes 6 à 12 ans, nous allions une fois par an aux urgences pour mes diverses fracture/entorses/luxations.

– J’apprécie énormément les contes, surtout quand c’est mon amoureux qui m’en lit un le soir.

– Je ne supporte pas me lever à 6h du matin, c’est une heure qui ne me convient vraiment pas.

– D’un naturel discret en général, je ris cependant à gorge déployée.

– Je suis quelqu’un de très fière, à tendance perfectionniste. Du coup, j’ai beaucoup de mal à déléguer des tâches et à accueillir des critiques (même constructives).

– Je suis parfois fatiguée par les interactions humaines (un brin introvertie).

– J’ai commencé à explorer les modes de communication non-violente et j’envisage d’effectuer un cycle de formation dans ce domaine l’an prochain.

– Mon après-midi idéale s’envisage soit en balade dans les bois, soit dans le jardin chez mon père, un livre à la main et un chat à mes côtés.

– Plus tard (quand je serai grande), j’aimerais ouvrir un CREAVES (Centre de Revalidation des Espèces Animales Vivant à l’Etat Sauvage).

~Mes réponses aux questions de Catherine ~

Liebster_award2

  1. Comment est née l’idée d’ouvrir ton blog?

J’ai lancé le blog à un moment où j’avais besoin d’action et une grande envie de partager autour de questions et thématiques qui me tiennent à coeur.

  1. Qu’est ce que t’apporte ton blog?

Il est à la fois un espace où je synthétise un peu mes idées, un challenge qui me donne envie de me dépasser et de faire découvrir des chouettes choses aux personnes qui me lisent.

Par le biais du blog, et des blogs en général, j’ai pu rencontrer une communauté très dynamique dans diverses thématiques environnementales qui me sont d’un soutien précieux dans mes réflexions quotidiennes.

  1. Qu’est ce qui t’as rendu-e le plus ou la plus heureux-se ces derniers temps?

Quand j’ai rédigé le brouillon de cet article, j’avais noté : Le retour des hirondelles!

Depuis lors, mon mariage est entré dans la balance 🙂

  1. Plutôt ville ou plutôt campagne?

Ah… le grand dilemme actuel! Nous vivons en plein centre ville actuellement, ce qui offre certaines commodités en terme de déplacements, surtout sans voiture ! A terme, je pense que j’aurai besoin de vivre dans un coin plus vert. Le calme, les petites balades et les oiseaux me manquent.

  1. Si tu étais élu bourgmestre de ta ville ou de ton village, quelle serait ta première décision?

Organiser des rencontres “Rues en transition” au sein de la ville, pour favoriser le dialogue autour des thématiques de l’alimentation, de l’environnement, de l’énergie, de la citoyenneté avec des acteurs locaux pour chaque quartier.

Ou bien instaurer une formation obligatoire du tri des déchets à citoyens de la ville (ou futur citoyen) et mettre un place un plan zéro déchet pour tous.

  1. Quelle est l’initiative écologique ou éthique la plus chouette que tu connaisses et que tu aimerais partager?

Des chouettes, il y en a des tas ! Mais récemment, une m’a particulièrement plu.

Il s’agit de l’initiative “Un vélo pour 10 ans” de L’Heureux Cyclage. Dans leurs ateliers, on peut acheter un vélo d’occasion pour son enfant pour 65 euros, et l’échanger chaque année pour suivre la croissance de l’enfant: une superbe initiative qui mélange économie, écologie et relations humaines car à chaque vélo ramené, il faut transmettre une anecdote sur la vie du vélo =)

  1. Que dirais-tu à quelqu’un pour le convaincre d’avoir un mode de vie plus écologique?

Que sinon, il n’y aura plus d’hirondelles pour faire le printemps…

Plus sérieusement, nous avons très très rarement des moments durant lesquels nous tentons de convaincre des personnes. Nous sommes plutôt adeptes de convaincre par l’exemple, et de rester ouvert au dialogue et aux questions des personnes intéressées. Récemment, un père accompagné de son fils nous à demander ce que nous pensions des paniers-légumes auxquels nous sommes abonnés.

  1. Selon toi, quel geste écologique a été le plus difficile à mettre en place?

Passer des coton-tiges à l’oriculi pour se nettoyer les oreilles! J’ai vraiment eu du mal au début mais j’ai persévéré et maintenant j’apprécie beaucoup l’oriculi en bambou.

Sinon, j’ai encore du mal à gérer les restes de mon frigo: encore trop de déchets de nourriture partent à la poubelle mais j’y travaille.

  1. Quel est ta saison préférée?

Le printemps, quand les jours rallongent, que les oiseaux chantent à nouveau le soir, que les chauve-souris sortent au crépuscule pour leur chasse nocturne et que les lilas fleurissent

  1. Qu’emmènerais-tu sur une île déserte?

Hormis le matériel de survie, mon amoureux, de quoi écrire, quelques livres, des jeux de société (Les colons de Catane, Concept, Civilizations, Clash of Cultures) et mes jumelles.

  1. Peux-tu nous citer une personnalité que tu admires?

J’admire beaucoup la Dr. Jane Goodall: elle est parvenu à dédier sa vie à une cause qui lui est chère.

Au début de sa jeune carrière de scientifique éthologue/anthropologue, ses observations sur l’usage des outils par les chimpanzés ont bousculé de très nombreuses théories concernant cette espèce, ainsi que sur l’évolution de la lignée humaine. Femme et scientifique de terrain, elle a dû se dresser contre les nombreuses barrières qui entravaient son chemin. Aujourd’hui, l’institut qu’elle a construit allie recherche, préservation de l’environnement et engagement pédagogique.

Elle incarne à mes yeux l’engagement et la volonté, deux valeurs qui me sont chères.

~11 questions pour mieux vous connaître ~

libster_award3
Photographe: Pino Roméo (http://www.photoromeo.be/)

1. De quel geste écologique quotidien êtes-vous le/la plus fier.e ?

2. Plutôt voiture/vélo/ marche/ combinaison ?

3. Votre mot préféré ?

4. Quel est votre rêve le plus fou ?

5. Écrivez-vous parfois des poèmes, des histoires ?

6. Quelle est la phrase qui vous hérisse le plus ?

7. Quels pays avez-vous déjà visités ?

8. Que procrastinez-vous régulièrement ?

9. Votre auteur/livre favori ?

10. Quel est le son que vous préférez ?

11. Avez-vous un potager ? Aimeriez-vous en avoir un ?

Au plaisir de vous lire !

(A)sociale

social_network

Voici maintenant 3 mois que j’ai quitté le fameux réseau au “f” bleu: un petit bilan s’impose, bilan que je souhaite partager avec vous.

Bien évidemment, ces réflexions sont uniquement le fruit de mon propre cheminement, nullement un jugement porté sur les personnes qui ne partagent pas mon point de vue.

Le départ

Facebook était le seul réseau social que je fréquentais. J’ai également un compte Pinterest que je ne consulte que très rarement, juste en cas de projet artistique.

Déjà deux fois auparavant j’avais désactivé mon compte. Le résultat d’un certain ras-le-bol de cette connectivité à outrance, un certain malaise par moment. Je regrettais qu’une grande partie de mes interactions sociales se fassent par écran interposé, un peu à la va-vite, à coups de petits commentaires et de pouces levés.

En 2014, ce qui m’a mis la puce à l’oreille, c’est quand j’ai appris qu’un ami proche était désormais en couple… suite à son changement de statut ! Beaucoup de questions sont parties de là.

Bien sûr, j’ai eu l’occasion de faire de belles rencontres via ce réseau, rencontres que j’entretiens par email, par courrier postal ou même en chair et en os. Par ailleurs, j’ai pu frotter mon esprit à une très grande variété d’informations, pour la plupart émanant de sites d’informations alternatifs ou de blogs engagés. La richesse en diversité des personnes avec qui j’échangeais m’ouvrait un monde parfois inconnu, parfois incompris qui ne cessait de me surprendre, de ragaillardir mon engagement, de me pousser à m’interroger. De belles bases ont été posées grâce à cela, accompagnées de quelques sites ressources que je garde précieusement sous la main. Et je remercie grandement celles et ceux qui ont échangé avec moi par ce biais.

Puis, en 2015, vint la crise des réfugiés. Le drame de Lampedusa. Et le début d’un flot continu d’informations de tout bord, du très positif et engagé, aux réflexions profondes, en passant par les partages de trop populistes de la presse et les dérives fascistes (heureusement peu nombreuses!).

Travaillant majoritairement sur mon ordinateur, j’étais constamment connectée à tout cela, peinant à prendre du recul, me sentant par moment oppressée par la densité d’informations qui arrivait constamment, du nouveau à chaque rafraîchissement de page.

Et j’ai choisi de dire stop. Non pas, cette fois-ci, en désactivant mon compte, le laissant en suspens, prêt à reprendre du poil de la bête dès que je changerais d’avis – avec un petit message “Heureux de vous revoir!”.

Non.

Cette fois-ci, j’ai tout supprimé, sans rien archiver. Une table rase, conservant simplement les échanges avec quelques personnes.

Conséquences

Soyons honnêtes, j’appréhendais un peu ce départ brutal, qui effaçait toutes traces de mon passage. Un petit passage par le néant.

Au final, je n’ai ressenti que du soulagement.

Effacée, immédiatement, l’envie d’aller “juste faire un petit tour de quelques secondes” sur ma page.

Envolé le besoin de savoir maintenant, là, tout de suite, ce qu’il se passait.

Disparue, cette envie incroyable de vérifier si quelqu’un avait pensé à moi en m’envoyant un message, laissant un commentaire sur un partage.

Concernant cette dernière phrase, c’est quelque chose que j’avais découvert peu de temps avant: j’étais en partie dépendante de ce réseau pour me sentir valorisée, appréciée. Un constat assez effrayant… Finalement, force est de constater que, d’après mon soulagement, j’attendais surtout une sorte d’assentiment sur mon comportement en général, venant des autres. Que mes idées, mes valeurs, ma cohérence soient validés.

Je ne pense pas être la seule à passer par ce souci existentialiste, exacerbé par les divers réseaux sociaux. En prenant du recul, j’ai pu retrouver une certaine force intérieure capable de m’épauler dans le quotidien, m’affranchissant (en partie) du jugement extérieur, veillant à ce que je ne vois en lui qu’un regard sur les actes et comportements, non pas sur ma valeur de personne. Soyons franc, cela prend du temps et je travaille toujours beaucoup là-dessus.

En dehors de tout cela, qu’a donc changé mon départ de Facebook?

Commençons par le positif.

1° Attention et concentration, le retour

espace_travail

Qui, parmi celle et ceux travaillant sur ordinateur régulièrement, ne passe pas en coup de vent vérifier son fil d’actualité, ou les nouveaux tweets? “Juste quelques instants”.

Au départ, avec mon compagnon, nous avions instauré un système de mot de passe pour filtrer certains sites qui pourraient venir perturber notre concentration. Cela a marché un temps, avant de tomber à l’eau.

Depuis que j’ai supprimé mon compte, le gain de concentration est impressionnant. Peu d’idées et d’envies parasites viennent perturber mon esprit lors d’une tâche.

Je travaille plus vite, mieux et avec plus de plaisir. Entre deux tâches, pour me pauser quelques minutes, soit je vais me préparer un thé, soit j’essaie de colorier un peu les fresques de mon tapis de souris (un semainier avec dessins à colorier, très sympathique!). Cela me permet de vider mon esprit sans commencer à me perdre dans les méandres d’internet.

Deux articles ont récemment croisé mon chemin, attirant mon attention.

Le premier a été découvert par le biais la revue du web de Pauline, sur son blog Un invincible été. L’histoire de cet américain incapable de se concentrer suffisamment pour lire est véritablement interpellante. Au cours de son récit, j’ai appris que la découverte d’informations nouvelles génère la production de dopamine, un neurotransmetteur lié au bien-être. L’accès constant à des réseaux (ou aux emails) où à chaque passage du neuf est présent peut donc vite entraîner une addiction, ces visites s’accompagnant de décharges de dopamine. On devient accro au neuf, et on en veut toujours plus!

C’est un article du blog américain Zen habits qui a mis le doigt sur une autre situation interpellante. Lorsque l’on travaille, arrivent des moments où l’on se trouve confronté à des situations d’inconfort. Un manque d’idées pour rédiger, un test statistique qui plante sans qu’on en comprenne la raison, un petit passage à vide. Face à la frustration engendrée, l’accès aux réseaux sociaux peut agir comme un baume réparateur: on se calme en découvrant des nouveautés qui occupent notre esprit et l’apaisent via l’agréable flux de dopamine. Au lieu de nous poser calmement face au problème, de prendre un peu de recul, on zappe vers autre chose de plus valorisant, de plus occupant, de plus confortable.

Accepter l’apparition d’un inconfort, le gérer et persévérer face à lui n’est pas chose aisée et je pense avoir encore du pain sur la planche avant d’être satisfaite de cette gestion du travail!

2° Mieux maîtriser son temps

temps_horloge

Ces petits bonds fugaces pour vite vérifier mon compte, certes courts mais fréquents, finissaient par me prendre du temps. Non pas forcément en temps passé effectivement sur le réseau, mais cette interruption dans une tâche me redemandait du temps pour me reconcentrer !

Désormais, quand je souhaite lire quelque chose pour me détendre, je tente de le faire de manière consciente, pas simplement en coup de vent automatique.

De manière général, j’ai drastiquement réduit l’usage de mon ordinateur en dehors du travail (je n’ai pas de smartphone). J’y travaille déjà plus de 8h par jour, une fois rentrée chez moi j’ai envie de me passer d’écran. Et le gain de temps fut radical! Les rares fois où je me connecte, je constate très vite qu’au-delà de la tâche ciblée, j’erre un peu sur la toile, perdant rapidement 20-30 minutes que j’aurais pu passer à lire, jouer du piano, faire du sport ou passer du temps avec mon amoureux.

Prendre conscience de ce temps passé à zapper les nouveautés et s’occuper de manière passive est difficile, mais dès qu’on tente de redresser un peu la barre, on récupère rapidement du temps de qualité, que l’on peut dédier à une activité qui nous tient réellement à cœur.

3° Appréhender l’information différemment

livre_savoir

L’information, le point délicat de mon départ de Facebook. Mes sources principales s’y retrouvaient, étaient accessibles toutes ensemble, me permettant de prendre le pouls de l’actualité.

Avec le recul de la déconnexion, je ne regrette nullement mon choix.

Pour les informations habituelles, je lis le journal et visite de temps en temps les sites internet des journaux belges, juste pour garder le contact avec ce qui se passe. Bien que moins alerte, je ne me sens ni dépaysée, ni dépassée.

C’est au niveau des informations « alternatives » ou des sujets qu’il me tient à cœur d’approfondir que mes canaux d’informations ont changé.

Je m’étais trompée : j’étais peut-être plus « au courant » en lisant régulièrement les posts de mon fil d’actualités, mais je ne les comprenais pas mieux pour autant. Il ne s’agissait finalement que d’un savoir superficiel.

Désormais, je m’oriente plus vers des magazines ou des journaux un peu particuliers (je vous en reparlerai dans un prochain article), ou bien vers la lecture d’ouvrages (comme « L’âge des low tech ») qui finalement, me permettent mieux de cerner les enjeux.

Du recul donc, puisque le support papier permet plus aisément au rationnel d’analyser, et une moindre quantité pour une meilleure qualité.

Ce départ cependant ne se solde pas uniquement par du positif.

Sans Facebook, j’ai un beaucoup moins bon aperçu de ce qu’il advient de mes amis. C’est assez triste à admettre d’ailleurs. Néanmoins, j’estime que si la prise de nouvelles se cantonnait à survoler passivement leur page, ce n’était pas forcément un meilleur témoignage d’attention… Reste que cela me manque, parfois, de ne pas savoir comment cela se passe pour eux, même si j’essaie de les voir régulièrement malgré les distances qui nous séparent. Un certain dépit donc, que côtoie une incompréhension face à l’évolution de nos relations sociales qui doivent presque passer par les réseaux sociaux pour se maintenir. Un des points positifs dans ce constat, c’est que je me décarcasse un peu plus pour qu’on puisse prendre un verre autour d’un jeu de société!

Également, Facebook se révèle être un chouette outil pour organiser des événements, et à 3 mois de notre mariage, je me dis qu’un compte aurait pu m’être utile pour orchestrer tout cela ! Heureusement, mon amoureux veille au grain  😉

3 mois sans réseau donc, et aucun regret pour mon départ !

Néanmoins, si c’est le cas actuellement, il se peut que, plus tard, je vienne à changer d’avis.

Pour des raisons éthiques, je ne souhaiterais pas recréer un profil sur Facebook. Un lecteur avisé m’a récemment parlé du réseau Diaspora*, un réseau social libre.

~Interview~

interview

Pour en savoir un peu plus, j’ai posé quelques questions à Catherine, du beau et enrichissant blog « La marmotte chuchote » à propos de cette alternative.

Je vous laisse découvrir l’interview, éclairée par son propre parcours dans l’univers du libre et ponctuée de références pour approfondir la question. Je la remercie donc vivement pour le temps qu’elle a dédié pour répondre à mes interrogations 🙂

Catherine, utilises-tu différents types de réseaux sociaux en ligne?

Je suis inscrite sur Facebook, Twitter et Diaspora*. J’ai essayé aussi Pinterest mais je n’ai pas accroché.

Qu’est-ce qui t’a incité à t’inscrire sur les réseaux sociaux en ligne? Quel(s) usage(s) en fais-tu? (privé, pour le blog, pour maintenir des contacts,…)

Avant d’avoir un blog, je n’étais pas inscrite sur les réseaux sociaux. Depuis que j’ai ouvert mon blog il y a un peu plus d’un an, j’ai un compte Facebook et Twitter pour partager mes publications et avoir des informations sur les thèmes qui m’intéresse. Plus récemment, j’ai découvert Diaspora* (https://framasphere.org/). En fait, je ne fais pas d’usage privé des réseaux sociaux. Je ne m’en sers que pour mon blog.

A quelle fréquence les consultes-tu/ partages-tu des choses dessus?

Depuis quelques temps, j’essaie de diminuer ma fréquence d’utilisation. J’ai d’ailleurs enlevé l’appli Twitter de mon smartphone. Cela m’évite de vérifier toutes les 5 minutes s’il y a quelque chose de nouveau. En général, je me connecte 2 à 3 fois par jour et pas plus de 25 minutes à chaque fois. Le but est d’y rester moins d’une heure par jour. Il m’arrive aussi de ne pas me connecter de la journée ou pendant un week-end, par exemple.

Je partage essentiellement mes nouveaux articles du blog. Je relaie aussi des informations que je trouve intéressante en lien avec les thématiques de l’environnement.

Comment as-tu découvert Diaspora*?

J’ai découvert Diaspora* par l’intermédiaire de la campagne « Dégooglisons Internet » (http://degooglisons-internet.org/) de l’association Framasoft. Le but est de proposer des alternatives libres aux services offerts par les entreprises comme Google, Facebook, Apple …

Pourquoi t’y être inscrite?

Tout d’abord, je voulais découvrir un réseau social qui est plus éthique que Facebook. J’ai toujours trouvé difficile de paramétrer Facebook correctement. Je ne sais pas, encore aujourd’hui, ce que fait Facebook de mes données et où elles sont stockées. Je ne comprends pas non plus la hiérarchie des posts sur mon fil d’actualité.

Que peut-on rencontrer comme fonctionnalités dans Diaspora*?

Tu peux publier des informations en mode public ou mode restreint (famille, ami-e-s, connaissances). Tu peux aussi commenter, aimer, repartager les messages de ton flux, suivre des personnes ou des tags ou connecter Diaspora* à Twitter par exemple.

L’interface est très minimaliste et claire. Tu as accès aussi à des tutoriels pour commencer car certaines fonctionnalités ou façons de faire sont très liées à la communauté du libre.

Quand tu t’inscris, on t’invite à poster un message type pour dire que tu es nouveau et les autres utilisateurs te souhaitent la bienvenue. Du coup, tu es très bien accueilli.e. Ce n’est pas anonyme.

Y-a-t il des fonctionnalités que tu n’y trouves pas, qui te semblent manquantes?

Pour l’instant, la configuration de Diaspora* me convient très bien, même s’il existe de nombreuses discussions pour ajouter des fonctionnalités. Je ne suis pas une grande adepte de Facebook donc je pense que certain-e-s peuvent être dérouté-e-s par Diaspora*.

Quels sont d’après toi les atouts de Diaspora*?

Le principal atout de Diaspora* est la protection des données comme c’est très bien expliqué ici (http://degooglisons-internet.org/#enjeux) .

De plus, les informations que j’y trouve sont très différentes. Sur Diaspora*, il y a beaucoup de discussions et de débats (pour ceux que je suis) sur des thèmes de société : l’environnement, sur les logiciels libres … et cela me fait beaucoup réfléchir à certains sujets pour mon blog ou dans ma vie perso. Il y a quand même un côté militant. Mais tu peux aussi poster des photos si tu veux.

En dehors de ce réseau social, as-tu recours aux logiciels libres (comme le navigateur web Firefox, Linux pour l’ordinateur, la suite Libre Office comme suite bureautique, Wikipédia, d’autres équivalents)?

J’ai découvert les logiciels libres en 2003 comme je l’ai expliqué sur mon blog (http://www.lamarmottechuchote.fr/bienvenue-dans-le-monde-des-logiciels-libres/).

Depuis j’essaie au maximum d’utiliser des logiciels libres. Le dernier ordinateur que nous avons acquis n’a que Linux (pas de Windows) mais pour cela, il a fallu l’assembler.

(Ndlr : il est tout à fait possible sur un ordinateur acheté monté d’installer Linux comme OS, soit en écrasant totalement Windows ou Mac, soit en partitionnant le disque dur, c’est-à-dire en lui allouant deux espaces de travail l’un sous Linux, l’autre sous l’OS de base, espaces auxquels vous accédez via des sessions différentes. Un informaticien peut vous aider, et cette solution permet d’éviter les problèmes liés parfois au manque de compatibilité entre le libre et certains logiciels, comme les imprimantes. Mais effectivement, si vous ne voulez pas payer Windows/Mac, vous devenez assembler votre ordinateur).

Pour les logiciels, j’utilise Firefox, Thunderbird pour les mails, Libre Office (suite bureautique) et Latex (création de documents) … Aujourd’hui, je suis très familière des logiciels libres même si j’ai eu quelques difficultés au début. Les logiciels libres sont beaucoup plus accessibles et plus grand public qu’il y a dix ans.

Serais-tu prête à supprimer ton compte Facebook pour migrer uniquement sur Diaspora*? Si non, quels en seraient les freins?

Supprimer mon compte Facebook est une question que je me pose. Je ne voudrais plus utiliser Facebook ou Twitter pour des questions d’éthique et que ce n’est pas en accord avec ma philosophie et celle de mon blog. Par contre, il y a aussi des personnes qui me suivent sur Facebook et qui ne veulent peut-être pas migrer sur Diaspora*. Les réseaux sociaux sont aussi un moyen de faire connaître mon blog. J’y réfléchis car avoir trois réseaux sociaux différents c’est trop pour moi d’un point de vue temps.

Le frein principal est que je ne trouve certaines infos que sur Facebook car certaines personnes ne communiquent que par cet intermédiaire. Un jour je fermerai peut-être le compte Facebook du blog en gardant mon compte perso en dormance pour les 3 ou 4 infos qui m’intéressent. Après, Diaspora* est un réseau social minuscule par rapport à Facebook mais c’est aussi un atout.

Images: Pixabay

Et vous, êtes-vous social sur la toile ? Conventionnel ou libre ? Un peu, beaucoup, passionnément ou trop ? N’hésitez pas à partager vos avis !

Gratitude

gratitude.png

Un premier article pour 2016 qui se veut léger.

La nouvelle année, c’est le moment des vœux, des nouvelles résolutions: tout ce qui semble plein d’un petit quelque chose de magique sous l’œil du nouveau départ acclamé par les douze coups de minuit et les feux d’artifices.

Depuis l’an dernier, l’aube de la nouvelle année est également devenue le moment idéal pour moi pour dire “Merci” et témoigner de la gratitude aux personnes de l’ombre qui accompagnent mon quotidien.

… Le maraîcher qui nous fournit en légumes et fruits.

… Le boulanger qui, dès potron-minet, s’affaire à la cuisson des pains dont on aime tant humer l’odeur le matin dans la rue ou croquer sur le chemin du retour.

… Les accompagnateurs/trices et les conducteurs/trices de train qui, chaque jour, veillent à ce que les transports soient sécurisés et se passent pour un mieux.

Recevoir un merci, c’est valoriser leur travail quotidien. C’est reconnaître que l’on prend conscience de la personne qui assure le service. C’est humaniser un peu plus ces échanges devenus banals, mécaniques, maussades.

Le sentiment de gratitude est en vogue en ce moment, porté par les divers courants de développement personnel.

Que cela soit pour soi, pour notre environnement, pour tout ce qui constitue notre quotidien. Il est devenu l’essence même du positivisme censé rendre notre vie si belle et joyeuse.

Je ne partage pas trop l’avis comme quoi, parce qu’on est empli de gratitude envers l’Univers, celui nous le rendra bien. C’est un peu trop mystique pour moi.

Ce que je sais, c’est que savoir apprécier un moment, accompagner l’émotion suscitée, le consigner pour le soir y repenser avec un sourire fait du bien, et surtout nous rend plus conscient de la vie, de nous, des autres.

Du coup, témoigner à quelqu’un que l’on a pris conscience de ce qui est accompli pour nous au quotidien, c’est un acte de gratitude fort, valorisant, rassurant.

Alors, si vous offrez vous aussi une petite carte en ce nouveau mois de Janvier, prenez le temps d’accueillir ces moments de réjouissance, illuminés par une vraie joie, un sourire franc et une bouffée de chaleur humaine revigorante en ces temps de grogne sociale.

Beau mois de Janvier et une merveilleuse année à tous !

 

 

Douceur d’entre saison

 

Smaug_anneau_unique
A la St-Nicolas, Smaug le Dragon devient gardien de l’anneau unique.

Mea culpa.

J’avais plein d’idées , fêtes obligent, à vous partager en ce mois de décembre.

Et puis, le temps et les évènements m’ont rattrapées. Un évènement très heureux qui va me demander du temps de préparation. Peut-être en parlerais-je un peu ici, je verrai.

Soit. Je n’ai pu vous parler de rêves, d’imaginaire, de moments simples et doux, d’instants de gratitude à partager durant cette période propice. D’autres l’ont très joliment fait d’ailleurs, je vous laisse découvrir cela  chez Caroline et chez Céline. Mais je ne vais pas laisser filer 2015 comme ça, sans un mot ni un regard pour vous, cher.e lecteur/trice, qui me suivez depuis près d’un an (ou moins, mais peu importe n’est ce pas ?).

Voici donc, en guise de petit cadeau de fin d’année et pour bien commencer l’an neuf, un petit conte de mon cru. J’espère que cela vous plaira!

Je vous souhaite un réveillon joyeux, emplissant votre cœur d’énergie et de sourires pour accueillir 2016 qui approche timidement. Prenez soin de vous, riez, vivez, et surtout rêvez. On en a bien besoin.

A l’année prochaine !

PS: pour les plus perspicaces, un indice sur l’évènement heureux est donné par la photo. Fan de Tolkien, vous devriez trouver aisément 😉

Petite Graine et le Jardinier

Il était une fois une petite graine, pas plus grosse qu’un petit pois simplement dénommée Petite Graine. Rien ne la distinguait particulièrement des autres graines : pas parfaitement ronde, ni impeccablement lisse. Cependant, elle était brillante et sa couleur… Sa couleur… Avez-vous jamais ouvert une bogue de marrons pour en admirer les fruits ? Les marrons amènent toute la chaleur de la garrigue dans leur couleur, arborant une belle nuance brune aux chauds reflets rouge et or. Voilà donc, notre Petite Graine était couleur de marron. Une couleur de fin d’été. De transition entre deux saisons. Une couleur indiquant qu’elle était prête à mûrir.

Vous savez tous qu’une graine de carotte ne donnera jamais un coquelicot, ni qu’un gland de chêne ne pourra donner un bouquet de menthe. Pourtant, à sa naissance, Petite Graine avait reçu un don magnifique, peut-être bien de la part d’une aimable fée végétale : elle pouvait choisir sa destinée, ce en quoi elle grandirait. Mais attention, une fois le choix fait, pas de retour en arrière ! Ma foi, comme tout être vivant : si l’on naît fleur, on ne peut devenir abeille. Du moins pas dans la même vie. C’est bien là que résidait le défi : choisir. Car qui dit choisir, dit renoncer.

Alors Petite Graine rêvait, rêvait, rêvait et… ne parvenait pas à faire son choix. Un jour elle s’imaginait devenir séquoia. Un grand, majestueux séquoia, posant son regard vert durant des siècles sur son royaume. Dominant de toute sa stature les vallées, les bosquets, offrant le gîte et le couvert aux oiseaux et aux insectes. Et la nuit, être baigné par la douce lumière des étoiles… Un roi- que dis-je- une reine du monde végétal. Oui mais… pour devenir si grand il faut du temps… beaucoup, beaucoup de temps. Et du coup, Petite Graine craint les accidents : un cerf trop gourmand, un incendie trop virulent, un bûcheron trop avide ou peu respectueux. Tout cela pourrait l’empêcher de parler avec les étoiles la nuit. Et à quoi bon devenir séquoia si c’est pour ne jamais être grande et majestueuse  ? « Décidément, séquoia, très peu pour moi », se dit-elle. 

Il faudrait voir moins grand. Qu’aime-t-elle donc Petite Graine ? Elle réfléchit. Bien sûr ! Une fleur ! Les couleurs, la senteur délicate, le ballet des insectes. Que cela doit-être agréable d’être admirée, utile également ne l’oublions pas car elle serait source de nectar, de pollen, source de vie ! Voilà donc Petite Graine qui s’emballe, s’apprête à déclarer qu’elle a finalement choisi quand tout à coup, elle se rend compte qu’être une fleur, cela ne dure qu’une saison. Une saison où l’on donne tout ce que l’on a pour faire des graines. Alors on fane, on perd ses belles couleurs, son doux parfum et on s’éteint. Certes une saison intense, mais au final, est-ce qu’on en profite réellement ? Car une fleur, c’est si petit que le paysage est bien vite limité et vous êtes souvent si occupée par les insectes en visite, eux-mêmes fort affairés, que vous avez rarement le temps de parler à quiconque… A quoi bon devenir une belle fleur si l’on ne peut discuter avec tous ses admirateurs ? « Décidément, fleur fragile et éphémère, cela ne me convient pas », déclare Petite Graine.

Oh qu’il est difficile de faire un choix ! Elle réfléchit. Pas de statut majestueux, pas de robe colorée… Que reste-t-il ? Hum… Et si elle devenait une plante utile, comme une plante médicinale ou une plante alimentaire ? Avec elle, on pourrait faire des décoctions purifiantes, des cataplasmes apaisants, des baumes réparateurs. Mais quel noble rôle ! Ou bien elle deviendrait un tubercule, ou une céréale nourricière, elle apaiserait les estomacs vides, ôterait la menace du spectre de la faim. Oui mais, encore faudrait-il qu’elle soit bien entretenue pour avoir un certain plaisir à vivre,et d’après ce qu’elle entend de jour en jour – les rumeurs courent vite dans les sous-bois – les humains, ceux qu’elle souhaiterait aider, sont de moins en moins respectueux : il n’y a plus que le rendement qui compte pour eux paraît-il, la qualité c’est secondaire. Et en plus, nombreux sont ceux qui ne verraient pas la différence entre un bouquet de sauge et une herbe folle qu’on éradique d’une pulvérisation– bien que Petite Graine n’ait rien contre les herbes folles, que du contraire, il est toujours très drôle de discuter avec elles ! Elle ne veut ni être une plante nourricière médiocre, ni une plante médicinale aux vertus non reconnues. A quoi bon donner le meilleur de soi-même si l’on foule du pied tous vos efforts ? «  Décidément, plante vertueuse, ce serait bien naïf de ma part » conclut-elle.

Voilà donc Petite Graine bien embêtée. Quelle bêtise se serait de rester graine, de gaspiller son don simplement en étant incapable de choisir. Elle se rembrunit. C’est à ce moment là que passe un jardinier de la forêt. Vous savez, un des ces petits êtres infatigables entretenant saison après saison leur domaine végétal, équilibrant harmonie et chaos, lumière et ombre, chaleur et fraîcheur. Ils se font discrets de nos jours. Or, notre jardinier connaissait bien Petite Graine, la petite bavarde avide des nouvelles des sous-bois. Si absorbée qu’elle était dans sa réflexion d’avenir, elle ne l’avait pas remarqué. Surpris, notre ami jardinier s’enquit de son état.

« Si je vais bien ? répondit-elle, ma foi non. Me voilà toute perdue dans mes choix. Ni arbre séculaire, ni fleur colorée, ni plante médicinale ou nourricière, non, non, non, rien de tout cela ne me convient. Suis-je ainsi condamnée à rester graine ?  se lamenta-t-elle

– Hum, effectivement… répliqua-t-il. En son fond, il la trouvait un peu difficile mais après tout, chacun ses goûts, et puis à quoi bon devenir quelqu’un qu’on apprécie pas ? Lui par exemple avait pu choisir, si ce n’est son origine, du moins son métier.

-Sais-tu, Petite Graine, ce que je ferais à ta place ? Je voyagerais un peu. Car rien de tel que les découvertes et les rencontres pour ouvrir l’esprit, suggéra-t-il.

-Mais où irais-je bien, et qui rencontrer pour me conseiller ? demanda Petite Graine

-Pourquoi n’irais-tu pas demander avis à Soleil, Pluie et Vent ? Vu leur expérience je suis certain qu’ils pourraient partager plein d’informations ! Et puis après tout, qui t’as dit que tu devais absolument devenir un végétal ?

Cette dernière remarque interpella Petite Graine. C’est bien vrai cela : personne ne lui avait jamais dit qu’elle devait absolument se destiner au monde végétal. Elle n’y avait pas pensé à cela, et beaucoup de nouveaux horizons s’ouvraient à elle! Elle remercia vivement le jardinier et partit à l’aventure, lui promettant de venir lui faire part de son choix avant le grand saut.

Et d’un bond la voilà partie. Le voyage débuta par une visite à Soleil.

Elle le rencontra un soir à l’orée d’une clairière.

« Soleil, lui dit-elle, j’aurais besoin de conseils : aurait eu quelques instants à m’accorder ? »

Le bel astre acquiesçant, elle s’empressa de lui conter son histoire. Soleil l’écouta patiemment, un peu amusé face à l’impatience de Petite Graine. Finalement, il lui déclara que, si le monde végétal ne lui convenait pas – après tout, c’est un monde diversifié mais fort figé et peu prompt à l’aventure – elle pourrait demander pour devenir un de ses rayons. Une graine rayon de soleil, on n’a jamais vu ça mais pourquoi pas ? Ainsi, elle pourrait voyager sur tout le globe, découvrir des endroits merveilleux, réchauffer la vie partout de sa caresse, … Soleil prenait un air fier en énumérant ces avantages : c’est qu’il aimait beaucoup son travail !

Petite Graine se mit à réfléchir. C’était, nul doute possible, une magnifique proposition. Mais… être rayon de Soleil, c’est aussi porter le lourd fardeau des incendies, des sécheresses, de la chaleur brûlante… Elle fit part à Soleil de ces remarques : il acquiesça. Dans son métier, certains actes essentiels pour équilibrer et perpétuer la vie sont douloureux à appliquer, c’est ainsi.

Tous comptes faits, Petit Graine préfère renoncer aux voyages et aux découvertes plutôt que de culpabiliser sur son impact. Elle remercia Soleil et partit à la recherche de Pluie.

Elle la découvrit un matin, dans la douce lumière de l’aube, s’éveillant auprès d’un point d’eau.

Un peu intimidée, sans savoir pourquoi, Petite Graine lui demanda si elle pourrait l’aider dans sa quête personnelle. Attendrie, Pluie s’installa pour l’écouter conter son histoire, pendant qu’une épeire venait poser un diadème brillant dans sa chevelure.

« Aimerais-tu devenir une goutte de pluie ? lui demanda la Dame de l’eau. Avec moi aussi, tu parcourrais le monde : la terre bien sur, mais aussi les airs et les océans, en compagnie de millions de compagnes de voyage. Tu rafraîchirais les fronts et les gorges, contribuerait à réaliser de magnifiques fresques dans le paysage, et tu serais à la source de la vie. Voyant le regard de Petite Graine s’illuminer, elle ajouta : « Maintenant, certains de nos arrêts sont longs : un goutte d’eau dans l’océan peut y demeurer longtemps, et certaines sont séquestrées de nombreuses années dans les grottes souterraines, loin de la lumière. Là est le prix de l’eau. »

Petite Graine réfléchit, silencieuse. Dame Pluie paraît certes aimable et remplit ses devoirs avec grand soin. Mais qu’en est-il de ses colères houleuses qui font sortir les eaux de leur lit ? Ou encore ces ires punitives privant ses comparses végétales de l’or bleu ? Quel libre arbitre a une goutte d’eau dans tout cela ? Il lui faudrait certainement plier le dos… Petite Graine n’admet pas devoir obéir à des ordres qu’elle désapprouve. Elle a renoncé aux découvertes d’une vie de lumière, ne sachant pas porter le fardeau de si lourdes responsabilités, elle renoncera donc au romantisme des travaux de l’eau : sa liberté n’a pas de prix.

Décidée, la voilà qui fait poliment part de son choix à la Dame de l’Eau. Soudain, au-dessus de sa tête, de noirs nuages s’amoncellent, prémices d’un orage violent. Dame Pluie la toise de toute sa hauteur, l’air mauvais : rompant le fil d’argent de son diadème arachnéen, elle grandit, elle enfle… et éclate en une averse torrentielle ! Petite Graine n’a que le temps de rouler s’abriter : encore un peu et la rivière l’emportait dans sa furie. De sa cachette, elle contemple l’orage qui zèbre le ciel sombre de ses éclairs. Certes, le spectacle est magnifique une fois à l’abri mais, avouons-le, la Dame de l’Eau a l’humeur bien changeante. Lasse, Petite Graine décide de se reposer, le temps de l’orage.

***

A son réveil, Petite Graine part à la rencontre de Vent-le-Sage, espérant trouver une réponse à sa quête.

Le périple s’annonce plus ardu que les précédents, le vieux sage vivant en ermite reclus dans ancienne grotte – essayez donc de grimper des falaises escarpées alors que vous êtes fait pour rouler ! Une fois au sommet, Petite Graine se sent heureuse de son effort et vient humblement solliciter un entretien avec le maître des lieux. Vent-le-Sage paraît quelque peu ennuyé par l’intruse qui trouble son repos. Il l’enjoint néanmoins à raconter son histoire, une lueur de curiosité scintillant dans son regard insaisissable. Petite Graine entame donc le récit de sa quête.

Posant un regard bienveillant sur notre vaillante amie, Vent-le-Sage lui demanda ceci :

« Petite Graine, connais-tu le rôle des fils du Vent ? »

Elle, la curieuse, l’intrépide, celle qui s’en va trouver les éléments du ciel pour parler de son destin, et bien la voilà bien honteuse et embêtée de ne savoir que répondre faute de ne s’être jamais posé la question !

« -Non, Maître », répond-elle d’une petite voix.

– Ne devrait avoir honte que celui qui pense ne plus rien devoir apprendre, déclare-t-il avec un sourire doux. Le vent et ses fils, continue-t-il, sont les porteurs, les messagers, les guides. Ils soutiennent les oiseaux sur leurs routes du ciel, charrient l’odeur de l’eau vers les plaines arides, transportent le pollen d’arbre en arbre pour qu’ils portent leurs fruits. Les vents ne sont pas libres, ils collaborent avec les filles de la Pluie. Les vents doivent faire preuve de compassion. Les vents doivent pouvoir accueillir la douleur du parent perdant son enfant, écouter les cœurs meurtris des amoureux séparés, emporter les chagrins et les peines, tout en séchant les larmes. Être fils du Vent, c’est être capable de renoncer : nous sommes les Marcheurs errants du Ciel, toujours unis à la Vie mais sans attache. Nous sommes l’empreinte du souvenir et le rêve de l’idée. Le présent ne nous appartient pas.

« Petit Graine, dit-il d’une voix douce, te sens-tu prête à accomplir de telles tâches ? Le souhaites-tu ? »

– Non, répondit-elle pleine de désarroi.

– Retourne auprès de ton ami, lui conseilla finalement le vieux sage.

Surprise et perdue, Petite Graine s’inclina et remercia le Maître des vents. Puis elle s’en retourna à son sous-bois.

Petit Graine repartit donc vers son sous-bois, la tête lourde de pensées et le cœur pesant de déception : elle avait failli à sa quête. Finalement, elle ne serait rien.

Doucement, elle roule, roule, roule, ralentit par sa tristesse. Lentement, elle se remémore ses rencontres, la richesse des partages.

Soleil et son sens du travail. Le cœur et la justesse qu’il mettait dans ses actes. Elle aurait aimé, Petite Graine, illuminer un peu chaque vie, réchauffer les corps alanguis.

Dame Pluie, source de vie. Son talent pour offrir un peu de beauté à chaque regard attentif, la passion et le soin qu’elle apportait à ses gestes. Cela lui aurait bien plu, à Petite Graine, de tisser des arc-en-ciels irisés pour faire sourire les cœurs d’enfant.

Vent-le-Sage, si humble et empli de compassion. Bien qu’il porte le Temps qui passe, lui et ses fils amènent la Vie dans chaque instant. Ils s’efforcent d’accompagner avec douceur les douleurs du changement. Quelle tendresse elle aurait donné, Petite Graine, à déposer des baisers légers sur les fronts soucieux.

Perdue dans ses réflexions, elle n’aperçut pas qu’elle franchissait le seuil de son bosquet. Au loin, son ami jardinier la vit et courut à sa rencontre. Tirée de sa rêverie par les feuilles froissées sous le rythme de la course, Petite Graine eut à peine de temps de redresser le menton qu’une étreinte l’enlaçait et la soulevait de terre pour partir en une ronde folle.

« Ha ha ha », s’esclaffait le jardinier, tournant de plus belle, heureux de retrouver son amie. La morosité de Petite Graine fit place à un grand sourire, ponctué d’éclats de rire. D’une bousculade, ils s’affaissèrent dans l’herbe, secoués de rires complices. Petite Graine regarda son ami : il rayonnait, si heureux, comme si son retour était la plus belle chose qui puisse arriver ! Ils se sourirent, remplis de joie et Petite Graine se mit à lui racontée son récit. Et tout à coup, Petite Graine comprit. Elle comprit ce qu’elle souhaitait devenir. Elle serait cette énergie pure, rayonnante, pleine de joie et de gaieté. Elle serait ces yeux brillants, ce sourire étincelant, ces mains enlacées. Elle serait dans le cœur de tous et le regard de chacun. Elles serait dans les rayons du soleil, les gouttes de pluie, les chansons des vents. Elle serait une graine d’Amour, plantée partout, prête à germer à chaque instant. D’un œil complice, le jardinier compris le choix de son amie. Ensemble, ils appelèrent la fée. Petite Graine serait Amour, de grandes aventures commençaient pour elle ! Mais Petite Graine ne serait jamais bien loin, car pour toujours elle serait dans le cœur de son ami jardinier. Une discrète brise parfumée sembla approuver: après tout, ne sommes-nous pas tous des graines ?

© Ecrit par Emilie P. en juin 2015.

Tous droits réservés.

Ces liens qui délient

DSCF3334

C’est avec un plaisir certain que je révèle aujourd’hui la nouvelle bannière du blog. Concoctée à quatre mains, au crayon et à la souris, je remercie mon Amoureux pour le temps qu’il a consacré pour faire prendre vie à ce lynx sous Gimp et Inkscape, deux programmes libres.

Septembre qui sonne la rentrée.

Un temps de changement, de résolutions, de réflexions. De bilans aussi.

On a tous déjà parcouru, voir partagé, des articles qui traitent de l’impact négatif que les réseaux sociaux peuvent avoir sur notre quotidien, et notamment sur notre propre vie sociale. Récemment, une discussion s’était lancée sur mon profil personnel à propos justement de Facebook. Après cet échange, la réflexion a continué dans un coin de ma tête. Et divers déclics se sont produits entre-temps. Je vous partage donc le fruit de ma réflexion personnelle, qui ne vise que mon propre vécu.

Tout d’abord, de quelle utilité m’est ce réseau social?

La première des raisons est de garder le contact. C’est ce qu’on se dit tous. Et pourtant.

Soyons francs, les personnes avec qui je veux vraiment garder contact et entretenir des échanges, soit je les vois régulièrement dans mon quotidien, soit nous échangeons par email, sms ou voie postale. De façon générale, sur mes 90 contacts, il y a en une petite cinquantaine avec qui j’entretiens une véritable relation qui dépasse les « like » et autres coups de vent passagers dont nous sommes devenus familiers. Pour les autres, qui sont souvent des anciennes connaissances, il m’arrive juste de me cantonner dans un rôle d’observatrice, jetant un œil de temps à autre sur leurs profils pour voir ce qu’il advient d’eux. De la curiosité mêlée à une pointe de nostalgie. Je n’ai compris que très récemment qu’il me fallait faire le deuil de certaines liaisons. Je ne suis pas très bonne en deuil, c’est un chemin qui me fait peur et que j’appréhende. Pourtant, un deuil permet de transformer la nostalgie, un peu amère, un peu salée, en une gratitude pour ce qui a été partagé et apprécié du temps à deux.

Pourquoi alors persister à conserver des personnes avec qui je n’entretiens plus  qu’un souvenir, ou même rien ? Peut-être parce que j’espère que mes partages qui me tiennent souvent à cœur soit vus, lus, réfléchis. Un petit bout de moi quand même, offert au travers d’un écran.

Ceci m’amène à la seconde raison qui me rendait adepte de Facebook. Ce réseau regroupe un bon nombre, pour ne pas dire la majorité, des mes sources informatives alternatives qui étoffent et remettent en perspective celle qui passent par les canaux principaux. Est-ce une raison suffisante pour garder mon profil blanc et bleu ? Non. Toutes mes sources ont leurs propres sites internet sur lequel je peux aller chercher les dernières nouvelles. Évidemment, elles ne sont pas toutes regroupées mais il suffirait d’un dossier favori bien organisé pour avoir tout à portée de main et y accéder quand je le désire et que je sais que j’ai le temps de lire l’article et non simplement le titre. Car à dérouler rapidement notre fil d’actualité, on débobine tout, on aperçoit, rien ne gagne en profondeur. On s’emmêle dans plein de fils, même si avec un peu de perspicacité, quand on prend le temps de tout démêler et tisser, certains mènent à de chouettes informations.

Cela m’amène à rebondir sur l’un des problèmes majeurs des réseaux : l’entretien du culte du superficiel. Pas partout, pas chez tout le monde, mais quand même omniprésent. Dans ce qu’on présente, dans nos commentaires qui ne débouchent souvent sur rien, dans nos tentatives d’indignation qui meurent dans l’œuf ou sont redirigées vers des cibles prédéfinies. On ne prend plus loisir de se replier pour réfléchir. On cherche un écho chez quelqu’un, quiconque qui verra un statut et rebondira dessus. Le goût du partage est ce qui me freine mon départ de Facebook, mais quels partages fais-je donc? Des « coups de coeur », des « coups de gueule », des petites choses drôles, des images inspirantes. Tant de petits instantanés qui font le bonheur quotidien mais qui deviennent comme polluants, asphyxiants. Rien que des bribes sans substance parce qu’on ne réfléchit pas dessus. On ne les vit qu’en surface, belles et scintillantes. On s’émerveille devant les photos d’un écran sans plus prendre la peine de regarder autour de soi. Cela génère de l’envie, parfois. Un sentiment d’incompétence, également, parce que, bon sang, pourquoi n’est-ce pas aussi joli/bien présenté/organisé chez moi que chez untel ?

Avec toutes ces critiques raisonnables, pourquoi ai-je mis tant de temps à me rendre à l’évidence ? C’est que, depuis 1 an, j’ai eu besoin de Facebook.

Mon vie a été chamboulée depuis septembre 2014. Nouveau travail et nouveau rythme, pour moi, pour lui, avec leurs lots d’angoisse et de stress qu’il a fallu gérer. Et puis ma famille qui s’est éparpillée en octobre. Puis s’est brisée le 21 février. Je me suis retrouvée sans plus aucun repère que mon petit chez-moi tout neuf qui n’a d’histoire que celle portée par ses deux habitants. Je n’avais pas compris que ça n’allait pas bien pour moi. D’abord, j’ai eu besoin, vraiment, d’avoir des interactions régulièrement sur Facebook. Je guettais les messages, les commentaires. J’avais besoin qu’on me porte de l’attention. Je ne me la portais pas moi-même, je n’ai pas eu le temps. Il y avait d’autres personnes pour qui je devais être-là, qui avait vraiment besoin qu’on les soutienne car la dépression ou le burn-out commençait à s’étendre au-devant d’eux.

Alors j’ai commencé à faire ce qu’il ne faut pas quand on ne va pas bien : j’ai voulu pansé le monde de ses blessures. Et j’ai trouvé en Facebook un déversoir continu de maux divers, de personnes en détresse dans/pour lesquels je me sentais utile, où du moins essayais-je. Jusqu’à ce que je constate que, pour aider, il faut pouvoir se ressourcer avec cette personne, que la relation apporte également du positif pour qu’on retrouve son souffle dans le marathon du soutien. Et cela, je ne le trouve pas sur le réseau social, au contraire. Nous sommes constamment sous pression et confrontés à des histoires tristes, détournées ou haineuses. Il y a du beau aussi, je ne nie pas. Mais j’en ai marre, simplement. Mon empathie souffre de trop donner sans recevoir.

J’éprouve le besoin de me replier, de me poser, prendre le temps de réfléchir. « Le meilleur des mondes » de Aldous Huxley est tombé à point dans ma vie: la conformité et le groupe ne me sied guère en ce moment. Quitte à prendre du temps pour m’informer et m’éveiller, je préfère le faire consciencieusement. Et peut-être au fil de mes cheminements viendrai-je partager mes questionnements ou mes apprentissages par ici.

Je vais terminer en vous partageant un poème que j’ai lu dans « Les mots sont des fenêtres ou des murs » de Marshall Rosenberg.

Toujours un masque                                                         
Que tenait la main fine et blanche.
Elle avait toujours un masque devant le visage…    

Vraiment le poignet                                                      
Qui le soutenait légèrement
Convenait à sa tâche;
Arrivait-il pourtant
Qu’il y ait un tremblement
Qu’un doigt vacille
Imperceptiblement…
En tenant le masque?

Pendant des années, je me suis interrogé
Mais je n’ai jamais osé demander.
Et puis,
J’ai commis cet impair…
J’ai regardé derrière le masque,
Mais il n’y avait
Rien…
Elle n’avait pas de visage.

Elle était devenue
Une simple main
Tenant un masque
Avec grâce.

Anonyme.