Huis clos – J 11

C’est drôle, ce qui me pèse, c’est l’horizon unique du maintenant, du présent.

De ne pas savoir me projeter dans un « après », aux contours encore trop flous (est-ce qu’on ira à la mer cet été?)

De ne pas savoir m’évader dans un « plus tard », un ailleurs temporel.

De ne pas savoir quoi faire « après ». Qu’est-ce que je planifie? Est-ce que c’est « assez »?

Je me sens à l’étroit, non pas car je suis physiquement confinée – chanceuse, j’ai de l’espace, un jardin et des alentours verdoyants. Non, je suis confinée dans le temps, sur un balancier dont le rythme s’est cassé et n’est plus en phase avec ce que j’avais pu accordé (laborieusement, bancalement) auparavant.

Les trop pleins et les creux, ça fait 2 ans que je vis avec: l’incertitude du temps entre mes mains. Ça m’angoisse ce temps distendu …Comment le remplir? Comment l’optimiser? Comment le rentabiliser? Comment évaluer son usage? Je vi(vai)s comme une abeille ouvrière, les yeux rivés sur une sorte de ligne de conduite acceptable par mes pairs et dans laquelle je trouve un semblant de valorisation. Je suis surprise de voir ça, je me croyais « affranchie » de cela, suffisamment distante du crédo du « métro-boulot-dodo-conso », consciente de cette nécessaire lenteur.

Mais non. Devenir mère me l’a rappelé en pleine face- je le vis encore mal parfois, souvent. 

Etre confinée me rappelle encore: je remplis pour bien paraître. A moi en priorité parce que je doute de ce que je vaux. Prendre le temps ou le perdre: comment savoir? comment choisir?

Evaluer son usage du temps est devenu une norme à caractère sociale qui touche à la productivité. Qui touche à notre valeur sociale aussi. Ce rythme étrange qui balance sans que j’en saisisse les temps forts me laisse désemparée.

Surtout que, de base, je n’ai aucun sens du rythme…

2 réflexions sur “Huis clos – J 11

  1. Je comprends ce que tu veux dire par « confinée dans le temps »… hier j’ai été frappée soudainement en réalisant à quel point la prison était une chose horrible. Je le savais en théorie bien sûr, je suis sensible à ça depuis longtemps, mais se dire qu’on ne vit même pas un centième de ce que ça doit être, de voir défiler des années sans projet ou presque, sans marge de manœuvre, sans pouvoir s’exprimer comme personne face au monde, si ce n’est pendant les quelques activités animées par des bénévoles…

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    1. J’avoue que je n’avais pas fait le lien mais il sonne très à propos. A mon avis, c’est pour ça que j’ai calé aux 2/3 de « 1984 » en fait: il n’y avait rien à projeter, ça m’angoissait très fortement… Merci de poursuivre la réflexion ! 🙂

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